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mardi 28 mai 2019

Minigamas avec Xiaolin


Je suis récemment revenue d'une expérience extraordinaire : un stage avec Xiaolin, céramiste chinois spécialisé dans la création de minigama, organisé par l'association Terres d'Echange.

"Gama" veut dire "four" en japonais, et ainsi un "minigama" est un mini-four. Au début du stage, Xiaolin nous a montré des exemples de four (cf. à gauche) et il a expliqué leur fabrication. Ensuite il nous a guidé dans la création de nos fours.

L'intérieur du four doit, évidement, respecter certains critères afin de réaliser des cuissons haute température, mais on est libre de sculpter l'extérieur comme on veut. Nous étions nombreux à adopter l'idée d'un animal qui crache le feu.

Ici on voit le plan du four. En soulevant le couvercle visible sur la droite, on charge le four avec le combustible. Une grille l'empêche de tomber jusqu'au sol du four et pendant la cuisson les cendres tombent en dessous. En bas à droite, un trou permet le passage d'air et l'évacuation des cendres.



L'air monte par la grille et la flamme passe par des trous vers la gauche pour entrer dans la ou les chambres où sont enfournées les pièces, pour ensuite sortir par la cheminée. Avec plusieurs chambres, on obtient différents effets de cuisson : plus les pièces sont rapprochées du combustible, plus elles recevront des cendres fendues (un émail naturel).

En regardant les fours de Xiaolin avant le stage, j'ai vu que la posture des animaux étaient souvent similaires à celle du sphinx. En regardant des images du sphinx égyptien, perse, ou phénicien, il m'est venu à l'esprit que ça serait sympa de faire hommage à Khnoum, l'éponyme de mon atelier. Khnoum est souvent représenté debout : un homme avec une tête de bélier. Mais on trouve également des statues du dieu en forme de bélier, et j'y ai trouvé mon inspiration.




C'était un challenge de modeler une forme aussi grande en 4 jours. J'ai essayé de privilégier la fonctionnalité du four. Le résultat c'est que je crois avoir assez bien fait les joints entre mes colombins et je pense que le plan du four (pour le chargement, passage de la flamme, etc.) a été respecté. Mais la tête de mon bélier est un peu disproportionnée par rapport à son corps et je n'ai pas vraiment fait de décors à part sur les cornes. Si la tête est trop grande, c'est parce que je veux y charger un maximum de pièces !!


Xiaolin était vraiment génial. Il nous a clairement expliqué chaque étape, et il apparaissait toujours pile au moment où l'on avait besoin de lui.

Je n'ai malheureusement pas de photo de nos superbes repas de midi. A chaque fois qu'on participe à ces stages de Terres d'Échange, on mange ensemble à la bonne franquette, dehors au soleil si possible. Pendant ces stages et pendant le repas, Terres d'Echange est toujours fidèle à son nom, d'autant plus cette fois, avec Xiaolin qui passait sa première semaine en France et rencontrait une multitude de fromages et de terrines !

J'ai adoré ce stage.   


vendredi 21 juillet 2017

Stage avec Dany Jung

Vendredi dernier, je suis revenue de Ger en faisant très attention dans les virages : je voulais éviter d'abimer ma sculpture qui reposait dans un carton côté passager.

Je n'ai pas l'habitude de faire des sculptures et je considère que c'est un sujet où il me reste des choses à apprendre. Du coup j'étais attirée par le stage de Dany Jung, organisé par Terres d'Echange, dont le sujet était la composition à partir des pièces tournées. Surtout que j'ai déjà tenté de créer des choses, notamment des châteaux ou des poulpes, de cette façon. A chaque fois, j'ai eu des problèmes d'assemblage ou de séchage et je me disais que ce stage pourrait m'aider.

En plus, dès qu'on voit le travail de Dany Jung, on a forcément envie de suivre son stage !

Oeuvre de Dany Jung. Retrouvez celle-ci et d'autres ici

Nous étions sept à faire le stage. Le premier jour, nous avons fait des croquis sur papier et ensuite des petits models 3-D afin de décider d'un projet de création.

Mon chat, premier modèle
Nous avions la possibilité de choisir notre sujet, mais certains sujets étaient critiquées comme non-sculpturales ou kitsches.


Chat, deuxième modèle

Certains participants au stage prennaient ces critiques pour un refus de l'objet choisi tandis ce que j'interprétais ceci comme une critique sur l'attitude du sujet ou sur l'utilisation de l'objet ("une lampe n'est pas une sculpture")

Chat, modèle avec idée de décors

C'est le genre de commentaire que tu ne risques pas d'entendre tout seul dans ton atelier, et je trouve que c'est l'un des intérêts d'un stage.




Les croquis et modèles permettent également une réflexion sur la composition finale de la sculpture : sera-t-elle posée directement sur une table ou fixée à un socle ?
Dany nous a fait remarquer que les lignes importantes d'une sculpture peuvent continuer dans le socle.
Projet de M-C.P. J'ai hâte de voir si je retrouve
 ses figures sur le prochain marché de potiers !

X.R. avec son projet ambitieux !

A la fin de la journée, tout le monde avait des projets 3-D plein d'esprit.

Le deuxième jour, nous avons tourné les morceaux nécessaires à nos sculptures. En gros, si on fait un être avec une tête, un ventre, deux bras, et deux jambes, il faut tourner autant de cylindres. Potentiellement la tête et le ventre seraient des boules ou des demi-sphères. Le plus compliqué pour moi c'était de décider des proportions. Pour d'autres, le plus difficile était de tourner des objets suffisamment épais, car les potiers habitués au tournage utilitaire essaient en général de tourner le plus fin possible. Pour la composition d'une sculpture, c'est important de prévoir des épaisseurs qui permettent la déformation de l'objet et qui peuvent porter le poids des autres éléments lors du collage.

Les objets tournés pour le projet de sculpture de femme de V.L.

Quand les pièces tournées étaient consistance cuir, nous avons commencé nos assemblages.

En cours : la sculpture de femme de V.L.

En cours :  l'ours de K.M.

Pour éviter les problèmes d'assemblage, il faut juste être prévoyant. L'astuce c'est d'avoir les choses suivantes à portée de main : un vaporisateur (vulgairement appelé le "pschitt-pschitt"), des gros pans de plastique, des mousses (chutes de matelas), et de la terre molle. Au cours de la construction de la sculpture, on la ré-humidifie, on la soutient avec des cales, et à la fin de la journée on fait attention à ce que tout soit bien emballé sous plastique.

Même en calant les différents morceaux de la sculpture, j'ai eu du mal à garder ma sculpture en équilibre. Pour gérer ce problème et les problèmes d'enfournement ou risque de casse, Dany nous a conseillé de faire nos sculptures en plusieurs morceaux qui seraient collés après cuisson. Ainsi ma sculpture est composée de trois morceaux : le corps du chat, la queue, et le socle. Si mon socle s'avère être trop léger après cuisson, Dany m'a conseillé d'y faire couler du ciment. Tout ça c'est logique, mais ne vient pas naturellement quand on à l'habitude de faire des pièces utilitaires : les anses doivent tenir sans colle.

5 jours de stage, ça passe très vite. Certains ont réussi à finir leurs oeuvres.

Eléphant de C-M.F

Arrosoir avec nuage de P.J. et Femme de X.R. 

D'autres, dont moi-même, ont décidé de finir leurs pièces chez eux. Rentrée à Pontrieux j'ai découvert que A. a vendu pas mal de pièces à la boutique et j'ai du tout de suite vider le four, faire de l'émail, et émailler des pièces. Le four en route, je me suis remise à la production... Tout ça pour dire que mon chat (chat en terre, non en chair !) reste emballé dans son plastique, mais je compte m'y remettre aujourd'hui !

Miaou



dimanche 9 juillet 2017

Poterie à Pontrieux

Dès fois, en faisant mon yoga du matin dans la cour, je ferme les yeux très fort pour ensuite les réouvrir. C'est un test : ma vie ici est-elle un rêve ? Mais je suis vraiment là, dans une jolie courette au bord du Trieux en train de respirer l'air frais du matin. Parfois le parfum des fleurs est mélangé aux odeurs agréables du pain ou des oignons caramélisés, selon si le vent passe devant la crêperie ou la boulangerie.
Notre rythme de vie est devenu très agréable depuis l'ouverture de la boutique ici à Pontrieux. Petite sortie dans la courette avant l'ouverture de la boutique. Modelage de tortues avec le café. Tournage ou modelage toute la journée, avec des pauses marquées par l'arrivée des gens dans la boutique. C'est l'opportunité de causer poterie, en leur expliquant ce que j'utilise comme terre, à quelle température ça cuit, comment appliquer l'émail...
Je ne sais pas de tout si cette vie est possible à long terme, car il est trop tôt pour dire si l'atelier sera un succès au niveau des ventes et des cours. Après un mois d'ouverture, tout ce que je peux dire c'est que je suis ravie des cours avec mes premières élèves et que je vends beaucoup de tortues. Du coup j'en ai fait plein. Sorties du four, il y en avait dans tous les coins de la boutique ; les visiteurs commençaient à dire quasi systématiquement, "Oh, la tortue doit être votre animal fetish/totem/préféré." Mais il m'est arrivée aussi qu'une dame me dise, "ma belle-soeur adore les tortues - je vais vous en prendre 5." Je continue à en faire.

 Un poulpe s'est mélangé aux tortues

Si en général je vends soliflores, tasses, et tortues, il est arrivée aussi qu'on m'achète des objets un peu moins communs (à mes yeux), comme mon vase en spiral. Ca m'a poussé à créer de nouveaux vases à la plaque.

Vases avant cuisson

D'habitude, je fais deux plaques sur le tour afin de créer une belle spirale, mais cette fois j'avais envie de faire un vase à partir de plaques roulées. En fin de compte, la construction du vase était beaucoup plus difficile, peut-être parce que mes plaques étaient encores trop molles quand j'ai commencé mon assemblage. Malgrès ces problèmes, je suis contente du résultat et je vais en refaire comme çà. Reste à savoir comment je vais les émailler. Le grès rouge de Bourgogne utilisé pour deux de ces vases est couleur bordeaux après cuisson, me donnant envie de laisser la terre partiellement apparente.
Sinon, je commence à faire plus de tournage à la motte. C'est vraiment pratique pour la fabrication des soliflores et même pour les tirelires, car je ne suis plus obligée de faire un bélier pour chaque objet. Avant je ne me sentais pas à l'aise avec cette technique, mais depuis la création d'une tonne de pions à la motte pour les jeux de A., je m'y mets plus facilement.

Jeu de Hnefatafl (Jeu de stratégie inventé par les vikings)

En théorie je ferme à 18h30 mais souvent je reste plus tard dans l'atelier. Cela dit, avec les longues (c.a.d. glorieuses) journées d'été, nous réussissons quand même à sortir le soir. Une ou deux fois par semaine il y a le badminton avec le club du coin et les autres jours nous continuons à découvrir les environs de Pontrieux en vélo ou à pied. Ici on peut facilement se promener au bord de l'eau, dans la forêt, ou entre des champs de blé dorés longés de coquelicots.

La semaine prochaine je retourne à Ger pour le stage de Dany Jung au Musée de la Poterie.

Oeuvre de Dany Jung - impressionnant !

J'ai hâte d'y retrouver des amis et je suis ravie de faire le stage sur la création d'objets à partir de formes tournées ! J'espère avoir le temps de raconter tout ça sur le blog. C'est difficile de se mettre à écrire quand le chant sirène de l'été enchanteur entre si facilement par la fenêtre ouverte.

lundi 3 avril 2017

Semaines mouvementées

Pendant les trois dernières semaines de la pépinière, j'ai fait deux cuissons par semaine afin de vider l'atelier, rendre les dernières pièces aux élèves, et faire un peu de stock en préparation de l'ouverture de mon atelier à Pontrieux.
Bizarrement, c'est aussi devenu une période d'expérimentation :  j'ai fait quelques objets un peu plus larges que ce que je faisais d'habitude (comme ce bol à fruits d'environs 45cm de large) et j'ai testé le grès rouge de Bourgogne. C'est une terre que j'ai découverte grâce aux participants des cours du lundi soir au musée ; je suis très contente des bols à cidre faits avec cette nouvelle terre !

J'ai fait plein d'autres découvertes grâce au groupe du lundi. J'ai approfondi certaines techniques afin de pouvoir les faire en cours. Ensuite leurs envies et inspirations m'ont montré des nouvelles choses à poursuivre. C'est frappant quand on introduit des techniques et que l'élève se les approprie pour faire une pièce qui lui appartient totalement.

Par exemple, on avait fait des petites tasses
(vraiment mini : taille espresso) "déformées" en mode pot-pincé ... 


... et on avait parlé d'émaillage avec réserves (zones protégées de l'émail, en vue d'une cuisson raku.)
Résultat : M.M. a fait cette grande pièce qui combinait parfaitement les deux techniques. Dans la première photo, on voit sa pièce avant la cuisson.



Les gommettes empêchaient l'émail de couvrir toute la pièce 
et la cire protégeait la partie supérieure. Le résultat en raku était magnifique ! 


Et c'est juste un exemple parmi tant d'autres. En somme, je suis désolée de ne plus faire les cours au musée - à 2h30 de Pontrieux, c'est trop loin ! Heureusement, M.P. reprend les cours et le groupe pourra continuer leurs explorations de la céramique !

Le déménagement a commencé entre les dernières cuissons et les derniers cours. Ayant plusieurs semaines pour le déménagement, nous avons tout transporté en plusieurs voyages dans notre petit utilitaire. Quand je déménage, je pense, "Je suis arrivée en France avec un sac à dos et une guitare. Comment j'ai fait pour acquérir tout ça ?!" (sous-texte : qui a tourné tout ces pots ?!). Ensuite, je pense au projet "Material World" par Peter Menzel, photographe qui a immortalisé des familles partout dans le monde devant leur maison et leur possessions.

En tout cas, ça fait du bien de se poser maintenant à Pontrieux. ...Sauf qu'on ne se pose pas trop parce qu'il y a du boulot !


L'espace qui sera dédié à l'exposition des poteries était jaune, vert, et orange. A. a fait des recherches sur le meilleur moyen d'enlever le papier peint et il s'avère qu'il suffit de l'asperger avec de l'eau chaude. Une fois le papier enlevé, il faut laver les murs avec un mélange d'eau chaude et vinaigre afin d'enlever la colle.

Ensuite, on fait une pause pour photographier...


...la pâte à reboucher. On s'amuse comme on peut.

Ensuite, peinture. Pour l'instant il n'y a que la sous-couche, mais l'aspect de la salle a déjà une toute autre allure !


En parlant de peinture, nous avons acheté la peinture chez peinturokilo.com et si j'en parle c'est parce que leur service client est top. L'un des seaux de peinture s'était brisé, mais je l'avais remarqué seulement après le départ du livreur. Un coup de fil à l'entreprise et c'était tout de suite réglé; ils ont envoyé un nouveau seau.

En parlant de papier peint, dans la maison il y a aussi les restes des jolis papiers des années.... 20? 30? 40? Ce n'est pas ce que je voudrais dans ma maison, mais je les trouve quand même beau.
Oui oui, au tour de ce beau papier on dirait du plancher et de la veille isolation. C'est qu'on a découvert le papier peint quand nous avons enlevé tout le plancher de la future cuisine.
A l'achat de la maison ce sol était recouvert d'une veille moquette et on se doutait qu'il y aurait peut-être du plancher pourris dessous. Après réflexion, on a décidé de refaire le sol.

Quand je pense qu'en janvier je pensais peut-être pouvoir ouvrir pour les JEMA  - c'était ce weekend! Samedi nous sommes allés voir quelques artistes à Pontrieux qui exposaient dans le cadre de cet événement. Nous avons beaucoup apprécié l'installation de Laurence Maillard où de nombreux personnages en fil de fer et papier dansaient suspendus par des fils quasi invisibles tandis que leurs ombres flottaient sur le mur. Je n'ai pas pris de photo, mais voici l'image sur sa carte, pour vous donner une idée.



Et dimanche, je suis retournée à Ger afin de participer au JEMA de Terres d'Echange. Nous avons fait des tasses engobés. C.B. nous a initié au transfert des dessins faits sur une plaque de plâtre (voir visage ci-dessous) et à la technique "mocha tea" (voir tasse de droite ci-dessous.)


Comme à chaque fois, l'activité de l'association était super et j'ai bien envie d'y retourner pour la prochaine activité autour de l'enfumage !



lundi 20 février 2017

Réduction en four à gaz

Jusqu'à présent je n'avais jamais fait de cuisson en réduction dans un four à gaz. Je fais mes cuissons en oxydation dans un four électrique. Avec les deux types de cuissons on peut obtenir des effets différents car la présence (oxydation) ou l'absence (réduction) d'oxygène peut impacter les émaux. Par exemple, avec une cuisson en oxydation, un émail au cuivre sera vert, tandis qu'en réduction il pourra être rouge. Dans le four électrique, on est limité aux cuissons en oxydation car il n'y a pas de combustion à l'intérieur du four, qui est chauffé par des résistances. Dans un four à gaz ou un four à bois, la combustion se passe à l'intérieur du four et si on réduit l'apport en oxygène, la flamme va chercher l'oxygène nécessaire à la combustion dans les émaux. Ça change la composition chimique des émaux et produit des couleurs différentes.

Ça aurait été un peu dommage de quitter la pépinière sans avoir fait de cuisson en réduction - d'autant plus que le musée a récemment acheté un four à gaz flambant neuf. La semaine dernière j'ai enfin pu apprendre à faire une cuisson dans ce four, et c'étais à la fois simple et compliqué.

Première complication : je n'avais pas d'émaux pour réduction. J'ai donc cherché des recettes et surtout des recettes comprenant des ingrédients que j'avais déjà dans l'atelier. J'ai pas mal de livres avec des recettes d'émaux et on en trouve aussi sur internet. J'ai choisi un rouge de cuivre, un bleu de fer, un shino, et un céladon.
Deuxième complication : normalement, pour tester un nouvel émail, je glisse une tuile et/ou un petit bol couvert de cet émail dans une de mes cuissons, ce qui évite de fabriquer beaucoup d'émail pour rien. Cette fois-ci j'ai du remplir le four avec des pièces couvertes de ces quatre émaux inconnus. J'ai donc choisi des pièces biscuitées qui traînaient dans l'atelier depuis des mois (des trucs un peu moins réussis.) J'ai laissé de la marge aux pieds des pièces au cas où les émaux couleraient.
Troisième complication : c'était la première cuisson en réduction dans ce beau four avec réglage automatique ou manuel, et avec P. nous avons découvert ensemble comment gérer la réduction.

Première simplicité : Ce que j'appréhendais toujours dans la cuisson à gaz (par manque d'expérience) c'est de ne pas bien gérer l'arrivée du gaz. C'est un peu ridicule, car tout ce qu'il faut faire c'est ouvrir une vanne et gérer la pression.
Deuxième simplicité : En bas, le four a quatre brûleurs. A l'arrière il y a une série de cheminées, dont les sorties sont juste en dessous de la hôte du four. Pour créer un atmosphère réductrice, on ferme partiellement le registre du four, couvrant en partie les sorties de cheminée. Cherchant l'oxygène, la flamme sort par les cheminées. Quand on voit cette flamme, bleue ou verte selon la composition des émaux, on sait que la réduction est en cours.

Ici, le registre est à moitié fermé et on y voit les flammes.

Si on ferme trop le registre, la température stagne. Pour monter, on peut augmenter la pression ou rouvrir un peu le registre. Si les flammes à la sortie des cheminées disparaissent, c'est qu'on est retourné en oxydation.

Petit hic :  nous sommes passés de cuisson automatique en cuisson manuelle, au milieu de la cuisson. Il y avait un petit temps mort pendant lequel la température a baissé et nous sommes retournés en oxydation. Nous avons ensuite redémarré le four, la température a remonté et nous avons redémarré la réduction.

En ouvrant le four, j'ai trouvé...

...un beau shino. Plus c'est épais, plus c'est blanc.
Posé assez finement sur du grès de Treigny, on a un beau teint orange.


...un bleu de fer pas bleu du tout ! Il est vert comme des haricots trop cuits.
Sur les pièces où j'ai superposé shino sur bleu de fer,
il y a une zone bleu-grise, pleine de cloques !


...un céladon raté sur le vase posé en haut du four, mais pas mal sur 
les assiettes du bas sauf qu'il est très gris. Dans les deux cas, c'est du grès de St. Amand ;
à mon avis, il serait mieux sur une terre plus blanche.


...un rouge de cuivre qui est devenu plus ou moins rose/bordeaux selon les pièces. Les assiettes posées au fond en bas du four sont bien bordeaux sur leur moitié en rouge de cuivre mais les bols posés plus hauts dans le four sont verts avec des points rouges. Les objets en grès blanc sont restés plus verts que ceux en grès de St. Amand.


Hmmm... qu'est-ce que ça veut dire, tout ça ? Il faudrait refaire une cuisson avec les mêmes émaux et sans retour en oxydation en haut de la courbe afin de voir si les émaux réagissent mieux. Ensuite il faudrait potentiellement changer la période de réduction, la courbe de cuisson, ou les recettes.

Je ne vais pas avoir le temps de faire tous ces tests avant de quitter la pépinière et je ne pense pas que je vais avoir un four à gaz dans l'avenir proche. Néanmoins je suis ravie d'avoir fait cette cuisson. Je comprends mieux à quel point la pratique est nécessaire pour contrôler et/ou prédire les résultats en réduction, mais je vois aussi que le déroulement de la cuisson est relativement simple. Qui sait, peut-être un jour j'aurai un four à gaz permettant de continuer ce genre de recherches. Et entre temps, je trouve l'expérience motivant sur d'autres niveaux. Ça me donne envie de poursuivre mes recherches en oxydation et d'approfondir d'autres types de cuissons, comme le raku et le pit-fire. En céramique, chaque découverte est une porte ouverte vers de nouvelles aventures !





lundi 31 octobre 2016

Rencontres

Quand nous sommes arrivés à Ger, on nous a souvent dit, "vous n'allez pas vous sentir trop seuls ici ? Et l'hiver ?" Mais il s'avère qu'on fait beaucoup de rencontres et qu'on voit même, occasionnellement, des gens à Ger après le mois de septembre ! Nous avons plus facilement échangé avec les personnes ici que durant nos 10 ans à Paris (bisous à tous nos amis parisiens !), ville où l'état naturel est l'anonymat.
On voit moins d'humains dans la Manche...

 

 ...mais on fait des rencontres de qualité.

construction de four lors de la soirée du feu

Certains échanges commencent sur ce blog, et je tiens à remercier les personnes rencontrées à la boutique, sur les marchés, ou par email qui m'ont dit qu'ils le lisent. Ça fait plaisir de savoir que quelqu'un suit l'activité de l'atelier et j'espère que, de temps en temps, je partage des infos qui se révèlent utiles pour ceux qui touchent à la céramique !

Sur les marchés on rencontre beaucoup de monde, et parfois on revoit quelqu'un plus tard sur un autre marché ou à l'atelier. Ces personnes nous reconnaissent par mes poteries, par les jeux de A, par nos visages, ou encore par les conversations que nous avons pu avoir. C'est un plaisir dans tous les cas. Et parfois des personnes rencontrées sur des marchés viennent pour des cours. J'apprécie l'agréable ambiance de ces cours et la dynamique des familles dans l'atelier.

Toute l'année on voit les autres potiers et artisans du coin, surtout sur les marchés.  Etant naturellement un peu timide, lors de mes premières inscriptions je me demandais comment nous serions reçus par les autres artisans. J'avais tort de m'inquiéter, car les nouveaux artisans sont bien accueillis par les anciens qui donnent toutes sortes de conseils : où se garer près du marché, comment gérer les problèmes administratifs, comment éviter les trous d'épingle dans les émaux...

C'est encore plus sympa d'échanger avec d'autres potiers quand nous ne sommes pas au boulot, par exemple quand j'ai passé la journée à créer des assiettes avec les potiers de Terres d'Echange. Lors du  stage d'Ana-Belén en août, le fait de partager une semaine avec des personnes qui ont les mêmes centres d'intérêts que moi à été une expérience riche et inoubliable.

Je voudrais finir ce billet avec une image qui résume un peu l'esprit de partage entre les créateurs. Parfois un potier ou autre artisan (amateur ou pro) me donne un objet en remerciement d'un service quelconque ou tout simplement parce que je l'avais admiré. Ou parfois l'un de nous veut faire un achat et au lieu d'échanger des sous, nous échangeons des créations. Et c'est ainsi que je commence à avoir une petite collection qui me fait chaud au cœur !

Voici des liens vers les créateurs qui exposent/vendent leurs oeuvres :


jeudi 21 janvier 2016

Retour dans l'atelier de poterie

On dit que janvier est la période tranquille parce qu'il n'y a pas trop d’événements autour de la poterie (du moins, à la campagne.) Mais ce n'est pas vrai de tout ! Dès notre retour du marché de Noël de Cherbourg, il fallait rattraper les activités administratives que j'ai un peu négligées pendant tout le mois de décembre. Et surtout, janvier c'est le mois où on doit préparer toutes les inscriptions aux événements auxquels on veut participer au cours de l'année. Aussi, avec la reprise des cours avec les enfants, j'ai décidé de passer un peu de temps sur la fabrication des exemples, afin que les enfants puissent plus facilement suivre mes conseils et se faire une meilleur idée de l'objectif de chaque séance. Bref, tout ça m'a pris du temps.

Cette semaine j'ai enfin pu passer plus de temps dans l'atelier, et comme il me reste un peu de stock après le marché de noël (eh oui...), je me sens libre de créer un nouveau châtophore.

La base de ce châto est faite à partir de 3 cylindres couchés, et 
2 tubes debout. Après leur assemblage, j'ai commencé à faire 
la découpe des fenêtreset j'ai testé la capacité d'y insérer
 une petite lampe led.


Sur le cylindre central, j'ai rajouté une tour au colombin. 
J'ai ensuite fait d'autres découpes et j'ai rajouté des arc-boutants.


Au fait, j'ai commencé à imaginer la structure du châtophore en décembre quand je me suis arrêtée pour admirer les arc-boutants de l'église à Cherbourg (ci-dessous.) De plus, je venais de terminer la lecture de Les Piliers de la terre, un roman qui tourne autour de la construction d'une église gothique. Tout ça m'a donné envie d'intégrer certains éléments de cette architecture dans le prochain châtophore.


D'accord, structurellement, mon châtophore n'a nullement besoin
des arc-boutants. Et même si l'idée d'un cylindre central avec deux 
cylindres adjacents vient aussi des églises, il est loin d'être 
une églisophore,  J'ai voulu poursuivre l'idée de boiseries que j'ai un peu 
travaillé dans le dernier châtophore, et je trouve que ça change tout
le caractère de l'objet. 


C'est pas encore fini, mais je le teste de temps en temps avec ma bougie
 électrique et ma petite lampe led. Je dois faire attention à leur laisser assez
de place,en prenant en compte le rétrécissement de la terre à la cuisson.


Il me reste encore beaucoup de détails à peaufiner, partout où il n'y a pas
de "boiseries." Et ensuite, le défi de l'émaillage. En somme, au lieu 
de glander devant l'ordinateur, je devrais retourner au châto !

Mais avant ça, pour compléter votre vision de la vie à 
l'Atelier Khnoum, je vous laisse avec quelques photos de...

...LA NEIGE !!!


Il reste encore un peu de neige par terre, et dans la belle lumière 
du matin on a l'impression de vivre dans un royaume enchanté.


Sinon, c'est vrai qu'il fait froid,
sauf sur la couette, dans un rayon de soleil : 

Certaines savent comment passer l'hiver.