dimanche 4 mars 2012

信楽

Ca signifie Shigaraki.

Shigaraki est un endroit, un village qui aujourd'hui s'est fusionné avec d'autres villages pour créer la ville de Kôka. A côte, le lac Biwa est source d'une terre qui porte également le nom Shigaraki. Au Japon, les potiers se sont servis de cette argile sableuse depuis le 8e millénaire. C'est une terre solide, utilisée pour fabriquer les pots utilitaires. C'est une terre subtile, dont on se sert pour créer les bols pour la cérémonie du thé.

A.I. m'a ramené 2 kilos de Shigaraki du Japon. Et 2 kilos de Bizen, 2 sacs d'émaille, un paquet d'engobe, et des couleurs à peindre sur porcelaine. Wow !! Un cadeau superbe auquel je ne m'attendais vraiment pas. Après tout, qui voyage avec des kilos d'argile dans ses bagages ?

Je ne veux pas gâcher cette terre exotique. Alors avant de commencer, j'ai fait des dessins.


Ce matin je me suis lancé dans la fabrication des bols à thé. J'ai divisé la Shigaraki en 3. J'ai tourné deux bols comme dans le dessin (enfin, presque), et un troisième qui était plus épais. Avec le fil de fer, j'ai découpé des fines tranches de la parois de ce dernier. Ensuite, je l'ai fait tourner pour adoucir les angles.


La Shigaraki a été très agréable à tourner. Elle est vraiment sableuse. Ça se sent. Du coup, elle monte très facilement, et j'aurais pu faire des pièces plus fines. J'ai un peu surestimé la quantité de terre nécessaire pour atteindre la hauteur que je voulais. Du coup, je me demande si je ne vais pas essayer de trouver une terre pour tournage avec une chamotte fine la prochaine fois que je fais ma commande chez Solargil.

Restent à faire la cuisson et l'émaillage de mes bols. J'espère à la fin avoir des belles pièces à donner à A.I.

Les poteries Shigaraki sont traditionnellement cuits dans des anagamas, et leurs teintes sont différentes selon les éléments présents dans les cendres lors de la cuisson. Ici à Paris, je vais faire ma cuisson dans mon petit four électrique. L'envie de construire un anagama dans la cour est très forte, mais je ne suis pas sure qu'un tel projet serait apprécié par les voisins !

Joli résultats avec un four à bois !

dimanche 26 février 2012

Il était un petit navire


Parfois j'ai l'impression que l'internet est un océan et que mon petit atelier flotte dedans. De temps en temps un bateau s'arrime à mes cotés. Parfois je croise tout un paquebot plein d'artistes. La plupart du temps, c'est le calme plat.

Le weekend dernier, j'ai consacré un peu de temps à ma présence sur le web. Avec mon blog, mes boutiques A Little Market et DaWanda, et le site Khnoum, je commence à avoir l'impression que j'existe sur le web.

Beaucoup de choses sympas sur ce site si vous voulez évitez la production industrielle 
Je suppose que ce n'est pas très différent de l'effort qu'on aurait fait il y a 20 ans (ou même 10) afin d'être référencé dans divers annuaires. Mais sur Internet, j'ai parfois l'impression de partager mes poteries dans un environnement où il y a déjà tellement de choses qu'on risque de ne jamais tomber sur moi. Tapez "tasse" ou même "tasse en grès" dans Google, et vous allez voir.

Ack ! Mais que faire quand ceci est le premier résultat ?
Cela dit, c'est grâce au web que mes élèves m'ont trouvée. Il me permet également de découvrir et de postuler aux marchés de poterie. Dès qu'on a une question pratique sur la poterie, l'internet nous fourni des réponses. Sur Pottery Magic, un site au design extrêmement retro, on peut trouver des instructions et des idées. Sur Ceramique.com on trouve un forum intéressant et des petits annonces...
...qui font rêver !
D'un autre coté, j'ai remarqué que pas mal de céramistes ne sont pas très visibles sur le web. Dans un des magazines que je reçois il y avait tout un article sur comment utiliser l'Internet; c'est clairement une nouvelle tendance pour les potiers.

Pour moi, c'est grâce au web que l'activité de mon atelier a vraiment démarré en 2011. Mais il faut un effort constant pour y être visible. (Rien que ce billet, théoriquement, améliore mon référencement.)

Je n'ai plus de carte de bibliothèque à cause de l'Internet. Je l'utilise souvent dans ma vie privée et professionnelle. En général, je l'utilise sans y réfléchir. Mais un ami m'a récemment passé un livre, qui s'appelle "You are not a gadget" : c'est une critique de l'Internet tel qu'il existe aujourd'hui. C'est aussi un rêve du potentiel de l'Internet, un Internet plus humaniste. Si vous êtes intéressé par la technologie, je vous invite à lire ce livre. Il m'a rappelé que la réalité de l'Internet est la somme de nos contributions.

Promis, la prochaine fois, je vous fais un billet plus centré sur la poterie.

Une goutte cristaline dans l'océan.

dimanche 12 février 2012

Pourquoi la porcelaine?

Hier, j'ai voulu tourner des petits bols en porcelaine. Ça faisait longtemps que je n'avais pas travaillé la porcelaine, et je me suis demandé si ça ne serait pas plus facile de tourner "off the hump." Je ne sais pas dire "off the hump" en français, mais en gros, il s'agit de centrer une grande quantité de terre, et ensuite on tourne des petits objets à partir de cette masse. On trouve plein de videos sur le sujet, comme celui de Simon Leach.

En tout cas, j'ai décidé de tourner ma porcelaine "off the hump," mais c'était pas top : mes pièces se déformaient quand je les enlevais. Je soupçonne que c'est un tour de main à prendre.

Le soir, j'ai regardé une émission de la BBC sur l'histoire de la céramique en Angleterre dans laquelle j'ai vu, pour la première fois, le travail d'Edumund de Waal. Il tournait des petits cylindres en porcelaine.
Holy shit, that's a lot of cylinders!
Avant de tourner, il prépare des petites boules de porcelaine de pas plus de 200 grammes. Je me suis dit, "Ah-hah ! C'est comme ca qu'il faut faire ! Demain, je vais faire de pots comme lui !"

Ahahahahaha, regardez le site d'Edmund de Waal et vous allez comprendre que je n'ai pas fait des pots comme lui. Mais il faut bien s'inspirer quelque part, non ?

C'est pas compliqué de faire un cylindre en porcelaine. Le truc, c'est de tourner une paroi fine.










Voilà, j'arrive à faire des choses plus ou moins fines tant que l'objet ne dépasse pas les 8 cm ! Je vais essayer de faire des petits luminaires, mais je ne sais pas si j'arriverai à faire des pièces assez fines pour être translucides.

Pourquoi utiliser de la porcelaine lorsqu'il est plus facile de faire des choses grandes et fines avec du grès ? Parce que la porcelaine est étrange. Elle est dure au début, mais devient molle quand on la travaille un peu à la main. Ensuite, sur le tour, on dirait du chewing-gum. La consistance est complètement différente de celle du grès. C'est très plastique. Plus solide et plus fragile à la fois.

J'ai fermé mes yeux et j'ai laissé la boule tourner dans mes mains sur le tour. Ça faisait un moment que je ne l'avais pas fait. C'était crémeux.





dimanche 5 février 2012

Snow

Il neige dans Paris!!!



Le chat est très étonné.


mercredi 1 février 2012

Udu

Parfois quand je lave le saladier en métal, je le heurte contre l'évier et il fait un joli bruit de métal adouci par l'eau. Un jour, A. m'a fait écouter un enregistrement d'udu, et j'ai découvert que cet instrument fait un joli son d'eau sans même en avoir à l'intérieur.

L'udu vient du Niger, où il est fabriqué en colombin. Il peut avoir plein de formes différentes. L’essentiel est d'avoir un corps avec un trou, et un col qui finit également en trou.



A Paris, on trouve des udus dans les grand magasin d'instruments de musique. Il y en a en céramique, mais aussi en fibre de verre :


Fasciné par l'instrument, A. a voulu en faire un, et il nous a fabriqué notre premier udu.



Pour le faire, il a assemblé deux bols faits à la plaque et il a construit le cou en colombin. Le son de ce petit instrument est vraiment pas mal. Le son d'un petit plan d'eau dans une caverne.

Je pensais qu'un udu plus grand ferait plaisir à A., et j'ai décidé d'en faire un autre, au tournage. Je l'ai tourné en deux pièces - un grand bol, et un espèce de grande bol à l'inverse avec un col. C'était grand à la fin, et j'étais très contente. Ensuite, il est sorti du four et j'ai compris que le son était mauvais. Aucun bruit d'eau.

J'en ai fait un autre... Et un autre... Et un autre...

J'en ai fait plusieurs, mais à un moment donné j'ai arrêté de les passer au four. Si le son n'est pas bon avant la cuisson, il ne le sera pas après.

A. comprend le rapport entre forme et son mieux que moi. Le plus récent des udus a eu droit à un émaillage, car A. m'a aidé à le fabriqué tout en respectant la bonne taille et la bonne orientation des trous. J'ai surtout appris que le trou sur le coté doit être plus large que le trou du col et que le col doit être long (A. n'est pas convaincu sur ce deuxième point.)



Cette fois, c'est un udu entièrement tourné, à l'exception des 2 colombins rajoutés au col. Le son de ce dernier udu est bon, mais à mon oreille, c'est toujours le son d'un étang. A. pense qu'il faudrait une parois moins épaisse (et/ou une taille plus grande) pour avoir un son plus profond.

Je cherche le son de l'océan, de la fosse des Mariannes! Va falloir retourner à mon tour.


dimanche 22 janvier 2012

Khnoum's to do list

1. Défourner - c'est fait.
Ce weekend mes élèves vont pouvoir émailler. Cette fois j'étais pas très sûre des résultats du four.
Une de mes élèves a fait un vase à la plaque. C'est son premier travail à la plaque, et faire les jointures de ce genre de pièce n'est pas forcement facile. Le vase a fissuré en séchant, et elle a du le réparer. J'avais peur pour la parois dans le four, et effectivement, on voit la fissure de l'extérieur, mais pas de l'intérieur. J'espère qu'il sera assez étanche après l'émaillage. Sinon, elle pourra toujours y mettre des fleurs séchées.


Des cochons volants sont également sortis du four :


C'est avec ma plus jeune élève qu'on a fait ces tirelires aillées. En plus de ce travail de modelage, elle a découvert le tournage et a fait un bol au colombin. Bref, elle a abordé plusieurs techniques, et ce avec beaucoup d'enthousiasme ! Tout son travail est bien sorti du four et la semaine prochaine elle pourra récupérer les pièces émaillées.

2. Voir si mon Fimo est toujours malléable - Je l'ai acheté il y a au moins trois ans, mais il était encore bon !
Mon élève du cochon volant est venu pour 2 heures, et comme l'émaillage nous a seulement pris 1 heure, nous avons ensuite fait des bijoux en Fimo.


Les couleurs sont vives et la pâte est agréable à modeler. On s'est bien amusées !

3. Faire des essais d'émail
Pour l'instant, j'utilise surtout des émaux fabriqués par Solargil car ils sont d'une qualité sûre. J'ai appris à faire des émaux quand je prenais des cours chez Marie-Annick Simon, mais depuis j'en ai fait très peu, me concentrant surtout sur le tournage. Cette année je vais me lancer dans la création des émaux.
Créer des émaux, c'est comme inventer une recette de cuisine. Il y a des règles de base à apprendre, et ensuite on modifie la recette de base pour créer son propre plat.
Et tout comme la cuisine, on trouve pas mal de recettes pour les émaux dans les livres, les magazines et sur internet. La difficulté est de bien appliquer les recettes. Les émaux sont composés de divers minéraux dont il faut bien comprendre la composition. Ensuite, il faut mesurer les quantités avec exactitude, les mélanger correctement,et y rajouter la bonne quantité d'eau.
J'ai fait des essais de base la semaine dernière, parmi lesquels il y avait un émail transparent et craquelé qui était assez satisfaisant pour que j'en fasse une plus grande quantité.



Cela dit, à la base je ne cherchais pas à faire un craquelé, donc je vais refaire des essais afin d'avoir un transparent sans craquelures.

4. Tourner des grosses pièces
En général, mes objets sont de moins de 2 kilos de terre. Je manque de place pour stocker des pièces plus larges. Mais, histoire de me perfectionner, je me lance dans le tournage des gros trucs. Je ne suis pas obligée de les cuire; je peux toujours recycler la terre.

5. Tourner des petites pièces pour le magasin ou le marché
Je suis en train de refaire mon stock de petits objets "kawaii" qui se sont bien vendus sur le marché de Noël : tirelires de toutes sortes, luminaires, petits bols. Je me prépare ainsi pour les marchés de poterie de cet été. Et aussi pour le dépôt-vente dans une boutique parisienne - une commerçante qui monte sa boutique m'a récemment contactée, et je suis ravie de penser que mes poteries y seront lors de l'ouverture !

6. M'allonger dans le lit et lire les magazines que A. m'a commandé
A. m'a abonnée à 2 magazines de poterie. Il a vraiment bien choisi !
Je reçois déjà la Revue de la céramique et du verre, un magazine français qui est surtout bien pour ceux qui veulent découvrir les artistes français. Cette année il y avait aussi une série intéressante sur la création des émaux que je garde précieusement comme référence pour mes essais.
Pour compléter et diversifier ma lecture, A. m'a donc pris un magazine américain et un magazine allemand.
Neue Keramik est un magzine résoluement européen. Les articles portent sur des céramistes partout en Europe. Ce que j'aime dans ce magazine, c'est la diversité et le fait de voyager tout en lisant. Ah oui, et le fait d'apprendre le vocabulaire de la céramique en allemand. Je connaissais le mot "Ton" (argile) mais pas "Irdenware" (faïence). Et l'engobe? Ca s'appelle "Engobe". Je m'y retrouve donc en passant par l'anglais, (earthenware) ou par le français, selon les cas.
Clay Times est un magazine anglosaxon.  Après 10 ans en France, je suis un peu étonée de voir à quel point je m'y reconnais culturellement. Ce magazine donne beaucoup de conseils pratique. Je l'ai pas lu, je l'ai dévoré. Mon article préféré donnait des instructions pour la création d'un plat à muffins. Et il fini avec une recette de muffins à la citrouille - trop cool!

7. Faire le plat à muffins


8. Faire les muffins à la citrouille



9. Les dévorer

mardi 3 janvier 2012

Recyclage : rien n'est perdu

Vous voulez jouer dans la boue ?
Visitez mon atelier !

Il y a deux options :






1. le beau pain d'argile venant directement de chez Solargil:











2. la terre recyclée - c'est à dire, toute la terre qu'on récupère pendant qu'on travaille (pôts ratés, morceaux découpés, etc.)




Il n'y a pas d'air dans la terre de Solargil, et c'est donc ce que je propose à mes élèves, sauf s'ils me demandent expressément d'utiliser l'argile recyclée.



En même temps, plus j'ai d'élèves, plus j'ai de terre à réutiliser. Du coup, je travaille essentiellement de la terre recyclée en ce moment.







Comment fait-on pour réutiliser la terre ?

Certains ateliers utilisent une boudineuse :
C'est un peu comme une machine à spaghettis : on y met la terre molle, et la boudineuse crée un long spaghetti de terre. Bref, cette machine produit des pains sans bulles.

Dans mon petit atelier, je n'ai pas la place (ni les 3 milles euros) pour une boudineuse. Mais il y a d'autres techniques de recyclage. La fille d'une céramiste vénézuelienne m'a raconté que elle et sa sœur, enfants, pétrissaient la terre à recycler en dansant dessus à pieds nus. Quand à moi, dès que la terre molle a assez séchée, je la malaxe et ensuite je forme des ponts de terre pour qu'elle sèche de façon équilibrée.
Ensuite, je claque la terre sur une planche afin d'éliminer les bulles et pour la consolider en blocs.

Souvent, malgré mes efforts, il reste des bulles, mais une fois sur le tour je peux en général éliminer celles qui restent. Cela dit, j'ai parfois des petits soucis avec ces blocs recyclés lors de la monté.

De toute évidence, il faut que j'améliore ma technique, jusqu’au jour où (Khnoum commence à rêver...) j'aurais une boudineuse. Entre temps, je fais des jolies pièces ratées comme celle-ci:
Ça tourne, tout va bien, et puis tout d'un coup mon doigt rencontre une bulle et la parois part en vrille.

Cette fois-ci, la forme était tellement belle que j'étais tentée de la garder. Mais pas avant d'être capable de la faire exprès.

Donc, direction recyclage et c'est reparti pour un tour !